Caractéristiques essentielles — description exhaustive


LA TAILLE DE LA CLASSE

Les classes Montessori fonctionnent de façon optimale lorsqu’il y a un grand nombre d’enfants dans la classe. Le modèle d’éducation Montessori diffère du modèle traditionnel où les enfants sont regroupés par âge, où l’éducateur est le centre d’attention des élèves de la classe et où l’enseignement se fait de l’enseignant aux élèves. Selon le modèle Montessori, l’éducateur présente les nouveaux concepts et le matériel aux enfants individuellement ou à des petits groupes d’enfants. Les enfants continuent leur propre travail de façon indépendante ou en petits groupes pour pratiquer les concepts ou répéter les activités qui ont été présentées afin d’en acquérir la maitrise. L’éducateur circule dans l’environnement de la classe pour faire des présentations, offrant de l’aide et guidant les enfants au besoin. Cette approche crée un environnement d’apprentissage dynamique dans lequel les enfants voient de nombreuses activités diverses dans une journée. Cette dynamique pousse souvent les enfants à choisir des activités ou leur donne des idées pour leur propre travail.

« Nous considérons que dans les meilleures conditions possibles, une classe devrait avoir entre 28 et 35 élèves, voire encore plus ».
(Maria Montessori, The Child, Society and the World)

Les groupes multiâges et la taille des classes sont étroitement liés. Par exemple, dans une classe d’enfants de trois, quatre et cinq ans il y a trois groupes d’âge différents. Lorsque la classe est de petite taille, le nombre de chaque cohorte est lui aussi petit. En conséquence, dans une classe de 24 élèves, il y aura environ huit élèves de chaque groupe d’âge. Au fur et à mesure que le nombre d’élèves augmente le nombre d’activités à observer, le nombre de coéquipiers potentiels et de pairs du même âge augmente également. Les enfants collaborent et s’entraident dans ce type d’environnement de sorte que quand la classe est de grande taille dans son ensemble, un enfant pourra avoir un plus grand nombre d’interactions et d’expériences sociales.

« Lorsque les classes sont suffisamment grandes, les différences de caractère se démarquent plus distinctement et des expériences plus vastes peuvent être acquises. Avec de petites classes, cela est moins facile ».
(Maria Montessori, The Absorbent Mind)

L’indépendance physique, sociale et intellectuelle est encouragée par un grand nombre d’enfants par classe. Les enfants tentent de faire des choses par eux-mêmes et de se débrouiller quand on leur donne la possibilité de le faire. Les enfants vont s’entraider ou sont encouragés à essayer par eux-mêmes quand l’éducateur est occupé à faire une présentation à d’autres élèves. Cette dynamique encourage une plus grande indépendance, une confiance en soi et un sentiment de compétence.

L’ÉDUCATEUR ET L’ASSISTANT1

Le rôle premier de l’éducateur est d’établir un lien entre les enfants et les activités dans la classe de sorte qu’ils puissent poursuivre leur propre apprentissage. Tout en prenant conscience de tous les enfants et de leurs activités, l’éducateur circule proposant des présentations individuelles à des élèves ou à de petits groupes et donnant du temps aux enfants pour qu’ils puissent répéter les activités et les pratiquer. Une fois leur intérêt éveillé, les enfants tiennent à utiliser le matériel et à explorer, car [traduction] « Le rôle de l’éducateur peut être comparé à celui du soleil : l’éducateur est celui qui amène la lumière de sorte que nous pouvons voir des distinctions que nous ne pouvions pas voir avant. L’éducateur éveille aussi cet intérêt qui provient de la connaissance pertinente et plus profonde de ce que nous savions avant ». (E.M. Standing, Maria Montessori : Her Life and Work)

L’art d’être un éducateur Montessori est de savoir la juste mesure de l’aide à apporter, quand l’offrir et quand attendre. Une aide non nécessaire constitue une entrave au développement de l’enfant.

« Toute aide inutile freine le développement ».
(E.M. Standing, Maria Montessori : Her Life and Work)

Offrir de l’aide pour quelque chose que l’enfant peut faire seul affaiblit l’enfant, car il commence à croire qu’il dépend de l’adulte pour des choses qu’il ferait autrement par lui-même. Lorsque les enfants demandent l’aide des autres enfants, cela permet à celui qui aide de renforcer la connaissance qu’il a acquise et cela peut aussi être le cas quand un enfant apprend mieux à faire certaines tâches avec l’aide d’un autre enfant un peu plus âgé que celle d’un adulte.

L’assistant joue un rôle crucial dans l’environnement Montessori. Un éducateur AMI et un assistant qui a un rôle autre que celui d’éducateur forment une solide équipe pour un groupe de 28 à 35 enfants tant au niveau de la maison des enfants (3 à 6 ans) qu’au niveau élémentaire (6 à 9 ans, 9 à 12 ans ou 6 à 12 ans). Dans la communauté enfantine, il y aura un éducateur AMI et un assistant pour 12 enfants. Plus le nombre d’adultes augmente, plus l’indépendance des enfants sera compromise et plus nombreuses seront les situations où une aide sera fournie sans qu’elle soit nécessaire. L’assistant observe le groupe dans son ensemble et offre de l’aide quand un enfant en a besoin ou dans certaines situations sociales quand un groupe d’enfants a besoin d’un adulte pour aider à régler la situation. Son rôle d’observateur est d’un grand soutien pour l’éducateur et lui permet de remplir son rôle premier qui est de présenter des leçons et de susciter l’intérêt des enfants pour faire des activités dans un but précis.


LE MATÉRIEL

La classe doit être équipée d’un ensemble complet de matériel Montessori tel que présenté lors de la formation de l’éducateur AMI, ce qui laisse entendre que tout le matériel nécessaire à la croissance physique, intellectuelle, sociale et créative de l’enfant sera disponible en tout temps. Au niveau de la maison des enfants, il peut y avoir des activités autres que Montessori ou des jouets pendant les premières semaines de l’enfant à l’école : quelques casse-têtes ou activités familières facilitent la transition de l’enfant dans un nouvel environnement.

Le matériel doit être en très bon état et être accessible aux enfants. Lorsque le matériel est joliment préservé et complet, il attire l’enfant et lui permet de travailler pleinement. [Traduction] « Tout le nécessaire doit être parfaitement en ordre, beau et reluisant, en parfait état. Rien ne doit manquer de sorte que pour l’enfant, le matériel semble neuf, complet et prêt à être utilisé ». (Maria Montessori, The Child, Society and the World) Dans une salle de classe Montessori, le matériel a aussi un rôle éducatif. Le matériel représente des concepts et c’est à travers son exploration que l’enfant développe sa compréhension et l’abstraction des concepts. Plusieurs activités contiennent un élément de « contrôle d’erreur » qui agit comme guide et qui permet à l’enfant de s’auto corriger au fur et à mesure qu’il travaille. Avec l’éventail de matériel disponible pour un groupe d’enfants multiâge un enfant moins âgé peut se tourner vers l’avenir et voir ce avec quoi les enfants plus âgés travaillent, créant ainsi un sentiment d’anticipation autour de l’idée qu’un jour il travaillera lui aussi avec ce matériel. Cela permet à l’enfant plus âgé de voir ce qui passe autour de lui et d’avoir un sentiment de confiance en voyant toutes les activités qu’il a maitrisées. Il n’y a qu’un seul ensemble de matériel pour chaque activité.

« Il est fondamental pour la préparation de l’environnement de n’avoir qu’un seul ensemble de chaque type de matériel. Dans de nombreuses écoles, les éducateurs pensent que c’est préférable et que cela donne une plus grande perspective d’avoir deux ensembles complets dans l’école et parfois d’avoir trois ou quatre ensembles de certaines parties du matériel. Toutefois, il appert que la discipline de l’école s’en trouve affaiblie et si on diminue le nombre d‘ensembles, la discipline s’impose à nouveau ».

S’il n’y a qu’un seul ensemble de matériel pour chaque activité et s’il est utilisé, l’enfant doit faire un choix. Il peut attendre et choisir d’observer ou il peut choisir une autre activité. Apprendre à attendre et apprendre à attendre son tour est une habileté sociale importante dont on a besoin tous les jours dans notre société. Lorsqu’un enfant choisit d’attendre, il développe le contrôle de soi ou l’autodiscipline en mettant de côté son propre désir à ce moment précis.

« Lorsqu’il n’y a qu’un seul spécimen de chaque objet, et si un élément est utilisé quand un enfant le veut, ce dernier, lorsqu’il est normalisé, attendra qu’il soit libre. Et puisque cette situation se produit chaque heure de la journée pendant des années, l’idée de respecter les autres et d’attendre son tour devient une habitude de vie qui gagne en maturité avec le temps. La société ne repose pas sur des désirs personnels, mais sur une combinaison d’activités qui doivent être harmonisées ».
(Maria Montessori, The Child, Society and the World)


LE PROGRAMME

L’ordre, la consistance et la routine sont très importants pour le jeune enfant. Lorsqu’ils existent dans son environnement, il a un sentiment de prévisibilité et en conséquence, de sécurité. Il sait ce qui arrivera et à quel moment. La présence quotidienne et continue de l’enfant lui procure le sentiment d’avoir une routine dans sa journée et dans sa vie. Pour les enfants de 3 à 6 ans, cela implique une présence au programme de cinq jours par semaine et pour le groupe d’enfants âgés de 3 à 6 ans, un minimum de quatre jours consécutifs par semaine.

L’enfant reste dans la même salle de classe avec le même éducateur pour un cycle d’apprentissage complet. Au niveau de la maison des enfants, ce sera pour les enfants de 3 à 6 ans. Au niveau de l’élémentaire, ce sera pour les enfants de 6 à 9 ans et 9 à 12 ans ou de 6 à 12 ans. Cela permet à l’éducateur d’apprendre à très bien connaître l’enfant et de soutenir sa croissance et son développement au fil du temps. Cela donne à l’enfant le temps de répéter, d’explorer et travailler à fond les sujets qui l’intéressent, le temps de devenir plus mature et de grandir. Les expériences d’apprentissage changent au cours des trois années avec les dernières activités qui se construisent sur les habiletés et les concepts acquis plus tôt.

Socialement, l’enfant fait partie d’une communauté d’enfants qui se retrouvent en tant que groupe cohésif tout au long des trois années du cycle. D’abord, l’enfant fait l’expérience d’être le plus jeune qui a beaucoup à apprendre et qui peut chercher de l’aide auprès des enfants plus âgés. Avec son expérience grandissante, les rôles changent et il devient la personne qui aide les autres. Au cours de la dernière année du cycle, l’enfant joue le rôle de modèle et de mentor auprès des autres enfants. Ce rôle aide l’enfant à confirmer tout ce qu’il connaît en montrant aux autres comment faire, en les aidant et il affirme sa confiance en soi et son estime de soi. Lorsqu’un enfant entre dans la classe à la moitié du cycle ou s’il quitte la classe avant que le cycle ait été complété, l’expérience intellectuelle et sociale pourra être diminuée.


LE CYCLE DE TRAVAIL ININTERROMPU

Le concept de trois heures de travail ininterrompu a été documenté par Maria Montessori après avoir observé des enfants individuellement et en groupes. C’était le cas avec ses « découvertes » de la nature développementale des enfants. Elle n’a pas commencé avec des présomptions, mais a plutôt observé, documenté et proposé des idées fondées sur cette méthode scientifique. Après avoir fait des tableaux de nombreux cycles de travail des enfants individuellement, elle a proposé le tableau suivant qui représente un cycle type de trois heures :


(Work Cycle, Advanced Montessori Method, Volume 1)


Dans cet exemple, les enfants arrivent à 9 h et commencent graduellement à choisir d’abord des activités qui leur sont familières. Au départ les activités sont simples et l’enfant s’y intéresse généralement pendant une courte période de temps.

« Pendant la première période du matin, jusqu’à environ 10 h l’activité choisie est en règle générale facile et familière ».
(Maria Montessori, The Advanced Montessori Method, Volume 1)

Après cette période initiale, il y a une phase d’agitation ou de « fatigue » pendant laquelle les enfants peuvent se promener et peuvent sembler agités. Après une courte période d’indécision, les enfants continuent le travail et choisissent des activités qui posent un plus grand défi; ils s’y investissent pendant de plus longues périodes de temps. Vers la fin du cycle de trois heures, les enfants ralentissent leur rythme et émergent de leur activité en apparaissant calmes, revigorés, et satisfaits.

« (U) ne fois le cycle complété, l’enfant se détache lui-même de sa propre concentration interne; rafraichi et satisfait ».
(Maria Montessori, The Advanced Montessori Method, Volume 1)

Lorsque les enfants ont la possibilité de s’engager de façon autonome dans une activité ayant une visée éducative pendant de longues périodes de temps, le développement de la concentration s’en trouve amélioré. Lorsque les enfants sont interrompus ou qu’on leur permet de travailler sur de courtes périodes de travail à la fois, ils ont tendance à ne pas choisir des activités qui sont longues et qui posent un défi, car ils ont appris qu’ils n’auront pas le temps de terminer. Ils choisissent alors d’aller d’une activité simple à une autre sans jamais atteindre ces périodes de longue et intense concentration.

« L’interruption des cycles d’activité a un impact sur certaines conditions internes de l’esprit de l’enfant qui le privent de la confiance en soi et qui neutralisent son habilité à finir ce qu’il a commencé. Lorsqu’un enfant est continuellement interrompu alors qu’il travaille à compléter les cycles d’activités, il perd graduellement le courage, la continuité et la détermination nécessaires à la réalisation ».
(Maria Montessori, What you Should Know About Your Child)


LES GROUPES MULTIÂGES

Les classes Montessori se composent de groupes d’âge divers. Ce principe est un des facteurs conduisant à une dynamique sociale différente de celle qu’on retrouve dans une salle de classe traditionnelle où les enfants sont regroupés par année et par âge. Dans une classe Montessori, il y a tout un éventail de besoins sociaux, intellectuels et d’apprentissage dans le groupe d’enfants. Dans une classe traditionnelle, les enfants ont des besoins similaires au même moment et souvent, on s’attend à ce qu’ils apprennent le même contenu. Cette similarité apparente entre les enfants risque de créer une concurrence pour voir qui a fini avant les autres ou qui fait le moins d’erreurs. Dans une classe Montessori, des enfants d‘âges différents travaillent simultanément sur une gamme d’activités diverses.

Les plus jeunes observent les plus âgés au travail. Ils voient la progression de l’apprentissage comme étant naturelle et attendent avec impatience d’avoir une leçon plus complexe et qui comporte un plus grand défi tout comme ils ont vu les plus âgés faire.

« Ils ont conscience des autres autour d’eux et souvent voient les plus jeunes observant intensément le travail des autres, surtout celui des plus âgés. En faisant cela, ils absorbent beaucoup plus que ce qu’il n’y paraît et se préparent à une socialisation plus active dans la communauté de la classe ».
(Maria Montessori, Education for Human Development)

Selon Dre Montessori :

« Séparer en fonction de l’âge est une des choses les plus cruelles et des plus inhumaines que quelqu’un puisse faire… cela brise les liens de la vie sociale, et la prive de nutriments… C’est une isolation artificielle qui empêche le développement du sentiment social ».
(Maria Montessori, The Absorbent Mind)

Les âges multiples mettent en valeur la vie sociale de la classe et enrichissent l’expérience sociale de l’enfant. Les enfants sont libres d’entrer en relation avec toute personne du groupe.

La tranche d’âges contribue également au fonctionnement en douceur de la classe. Tous les enfants n’ont pas les mêmes besoins. Par exemple, lorsqu’ils se préparent à partir à la maison, certains enfants peuvent en aider d’autres à remonter une fermeture éclair ou à attacher des chaussures. L’éducateur n’a pas à intervenir auprès de chacun au même moment alors que dans un groupe d’enfants de quatre ans, tous les enfants peuvent avoir besoin de son aide pour attacher leurs chaussures.

« Une mère qui a six enfants trouve que c’est facile de les gérer. Mais s’il y a des jumeaux ou si d’autres enfants du même âge se joignent au groupe, cela devient plus difficile, car c’est très fatigant de gérer des enfants qui veulent tous la même chose en même temps ».
(Maria Montessori, The Absorbent Mind)

On peut souvent observer les enfants plus âgés qui montrent aux plus jeunes comment travailler avec le matériel, comment nettoyer ou comment ranger le matériel. Ce mentorat spontané est bénéfique tant à l’enfant qui offre son aide qu’à celui qui reçoit de l’aide. L’enfant plus âgé renforce les concepts et les habiletés pendant qu’il les montre à un autre. Il peut expliquer à un enfant plus jeune d’une façon telle que le plus jeune comprend, car il est proche en âge et en expérience. L’enfant plus jeune accepte facilement de l’aide d’un plus âgé sans ressentir une perte d’indépendance qu’il ressentirait si c’était l’adulte qui l’aidait.

« Ce qui importe c’est de mélanger les âges. Nos écoles montrent que les enfants d’âges différents s’entraident. Les plus jeunes voient ce que les plus âgés font et demandent des explications. Elles sont données d’emblée et l’instruction est véritablement valable, car l’esprit d’un enfant de cinq ans est tellement plus proche de celui d’un enfant de trois ans que le nôtre de sorte que le plus jeune apprend aisément ce que nous pourrions trouver difficile d’enseigner. Il y a communication et harmonie entre les deux, ce qui est plutôt rare entre l’adulte et le jeune enfant ».
(Maria Montessori, The Absorbent Mind)

Dr Adele Diamond de l’Université de Colombie-Britannique rapporte que les études ont démontré que :

« Un tel enseignement entre enfants produit de meilleurs résultats (souvent bien meilleurs) qu’un enseignement dirigé par un adulte ».
(Conférence au Virginia Tech Carilion Research Institute, le 1er décembre 2011)

La dynamique créée par les enfants d’âges multiples crée une communauté sociale dans la classe. Les enfants prennent soin les uns des autres, s’entraident, apprennent les uns des autres, s’acceptent et grandissent ensemble.



1L’emploi du masculin a pour seul but d’alléger le texte.